La Recherche

Panorama de l'édition française pendant la Seconde Guerre mondiale 1936 - 1949

Publié le 16/07/2009 par La Rédaction
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AUTEUR


Auteur : Marie-Hélène Grivel
Thèse : L'age d'or de l'édition québécoise (1939-1947). Essai d'analyse comparée des champs éditoriaux français et québécois des années 1930 aux années 1950
Sous la direction : Jean-Yves Mollier
Discipline : Histoire de l'édition contemporaine
Laboratoire de recherche : Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC)

PRÉSENTATION DE LA RECHERCHE


     Contrairement aux idées reçues, et malgré l'historiographie récente sur la période, les années noires de l'Occupation ont vu se maintenir les maisons d'éditions déjà installées, prospérer celles qui venaient de s'établir pendant l'entre-deux-guerres et naître de nouvelles qui sont aujourd'hui incontournables dans le paysage français.

     Le fait d'éditer et de commercialiser les ouvrages n'était pas aisé. Les éditeurs de la zone occupée à autant dire Paris à se sont retrouvés face à l'impossibilité de vendre leurs livres en zone libre. Cette situation inédite a privé les libraires du Sud de la France de leurs livraisons d'ouvrages en provenance de Paris. Devant la pénurie, de nouveaux éditeurs ont vu le jour à Marseille, Vichy ou Avignon. Beaucoup d'éditeurs voient cette période comme l'une des plus fastes de l'édition française. En librairie, tout se vend. En 1941, « les retours de livres, des libraires au distributeur Hachette, sont inexistants [...]. [1] »

     La vente de papier, le travail d'imprimeur ou celui de libraire n'ont pas cessé pendant les années de guerre. Au contraire, la population voulait lire, réclamait tous les genres pourvu qu'on arrive à les sortir du quotidien de l'Occupation. Les listes successives des ouvrages interdits (Listes Otto) ou des ouvrages encouragés (Liste Matthias), ont desservi l'image des éditeurs parisiens au lendemain de la guerre et orienté les lectures des français de la zone nord.

     La figure de l'éditeur est très souvent mise en avant comme étant le maillon le plus important de la chaîne du livre. L'historiographie a tendance à négliger le libraire, dernier passage obligé d'un ouvrage vers son public (c'est aussi chez lui que sont organisées les signatures). Comme dans l'édition, la librairie connaît de 1936 à 1949 des difficultés (économique, juridique). Elle subit de plein fouet les conséquences du développement de l'édition : organisation de la profession, censure, manque de circulation sur le territoire, manque de papier. Les années d'occupation sont intéressantes en ce sens qu'elles représentent un marché du livre franco-français du fait de la fermeture de ses marchés habituels et de l'isolationnisme imposé par l'occupant.

     L'occupant, par sa vision de la culture française va influencer le commerce du livre. L'éditeur « choisit » les auteurs qu'il peut promouvoir en fonction de quatre types de censure.
Le premier, l'auto-censure oblige à expurger le catalogue de la maison ; le libraire lui, doit vider ses rayons soit en renvoyant les ouvrages désignés à leur éditeur, soit en les pilonnant lui-même, le tout à ses frais. Certains libraires ne suivront pas ce chemin et vont continuer, tant qu'il y a du stock, à vendre ces livres.

     Les deux suivant sont liés par le manque de matière première : le papier. Ce dernier est attribué au compte goutte. Il en découle une censure de la quantité et une censure de la qualité, les éditeurs devant faire un choix draconien sur leurs publications tant en nombre de titres que d'exemplaires. Et pourtant, les libraires ont soif de nouveautés tout autant que leurs acheteurs. Paris et l'ensemble de l'édition n'arrivent pas à fournir.
Le dernier type de censure est plus perfide puisqu'il s'agit d'un contrôle bien plus en amont de la fabrication d'un livre : l'obtention de l'imprimatur avant mise sous presse. Beaucoup d'éditeurs vont se plier à ce contrôle. Les autres se passeront de ce passe-droit et entrent dans la Résistance. Un système de contre-collaboration se met en place en France et certains libraires (à Paris : José Corti, Grandmaison, Scheler, Bloch, Georges Hugnet ; à Lyon : Yves Farges, Maurice Noël ; à Toulouse : Jean Cassou, Georges Sadoul, par exemple) feront de leur commerce de livres un lieu de la résistance et de liberté intellectuelle.
D'autres libraires et éditeurs, par idéologie et affinités politiques, sont la vitrine de la collaboration (Grasset, Denoël pour les éditeurs ; Rive Gauche à Paris pour la librairie).

     Qui sont ces professionnels du livre ? Comment ont-ils commercialisé les ouvrages ? Comment circulaient-ils d'une zone à l'autre ? Comment ont-ils vécu ces années où la France était coupée en deux et coupée du monde ? Est-ce que les ouvrages d'éditeurs collaborationnistes présents sur la table des librairies font du libraire un collaborateur ?

Sources principales

Biographies d'éditeurs français et d'auteurs
Monographies sur les éditeurs et auteurs ; Mémoires ; Correspondances.

Histoire de l'édition, librairie, bibliothèque

Fonds de l'IMEC (pour ce qui est des éditeurs et surtout fonds Hachette pour ce qui est de la distribution) et de la BNF ; Fonds chez les éditeurs (commandes, nombre de publications) ; archives du Cercle de la Librairie ; Catalogues et registres des libraires (notamment à la BNF).

Articles de presse française

Comoedia ; L'Appel ; Je suis partout ; Bibliographie de la France ; Marianne ; La Croix ; Toute l'édition ; Revue d'Histoire de la Seconde Guerre mondiale.


[1] Pierre Assouline, Gaston Gallimard, Un demi siècle d'édition française ; Gallimard, coll. « Folio », 2006.