Le rendez-vous manqué

Pierre avait parlé avec elle, il y a trois semaines. A peine.

Elle nous avait dit qu’il était épuisé. Et nous avions compris.

Que le rendez-vous nous échappait. Que Roger Weil partait.

Qu’il emmenait avec lui cette Histoire, son histoire .

La Librairie Weil, 1880-1989

par Jean-Pierre Delbert, libraire.  

En arrivant d’Alsace, dans les années 1840, Mr Lévy (l’arrière grand-père de Roger Weil) travaille comme jeune commis chez l’éditeur de Jules Verne, Jules Hetzel. Il a 13 ans.

De 1850 à 1900, il devient responsable de la librairie de Louis Hachette, rue d’Ulm à Paris où il terminera sa carrière comme directeur commercial.

En 1880, il achète pour sa fille, la grand-mère de Roger W. , un fonds de librairie, rue du Havre. La librairie prospèrant, elle déménage derrière les Grands-Magasins du Printemps, au 60, rue Caumartin dans le 9ème arrondissement.

En 1918, les grands-parents de Roger W. se retirent. Ils transmettent le magasin à leur fils Frédéric , mais ce dernier ne prendra la direction effective de la librairie qu’en 1919, après sa démobilisation de la guerre 14-18.

En 1936, Frédéric Weil est signataire de la première convention collective du livre, il occupe également la présidence du Syndicat des Libraires de Paris.

Mobilisé en septembre 1939, comme officier, le père de Roger Weil laisse son fils de 20 ans s’occuper de la librairie.

Roger est alors étudiant en droit. Il interrompt ses études.

En juin 1940, Roger est à son tour mobilisé jusqu’en juin 1941. Il ne peut remonter à Paris, le régime de Vichy promulgue les lois raciales. La librairie est saisie par le Service des Affaires Juives et revendue à un journaliste municipal.

Le père et le fils travaillent à Lyon, dans la Librairie Flammarion, cachés sous une fausse identité.

Fin décembre 1942, Roger W. franchit les Pyrénées et après 8 mois de détention en Espagne, il arrive à Casablanca.

Mobilisé sur sa demande, il se retrouve engagé volontaire au 1er commando de France.

A la libération, Frédéric et Roger Weil doivent avoir recours à la justice pour récupérer la librairie.

Ensemble, ils vont développer le fonds de littérature, bénéficiant de leur expérience acquise à Lyon, chez Flammarion.

A la mort du père de Roger Weil en 1960, ce dernier prend la direction du magasin aidé par son épouse. Dès 1968, Roger Weil participe à la création du Groupe des Librairies L. Ce regroupement de libraires permet un recouvrement collectif des échéances, propose une prise en charge de la comptabilité des librairies grâce à un service informatisé, une première dans les années 1970.

En 1989, à 70 ans, Monsieur Weil vend sa librairie au Grand Livre du Mois (G.L.M), n’ayant pas de suite familiale.

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