Publié le 05/03/2009 par La Rédaction Mots-clés : numérique |
La vision d'un libraire américain, indépendant
Récemment, sur Twitter, quelqu'un demandait à Rich Rennicks, libraire à Asheville, en Caroline du Nord, ce que les libraires indépendants pensaient de l'ebook... Et voici sa réponse :
"À mon avis, de nombreux libraires sont plutôt terrifiés par l'ebook mais ne sont pas encore en capacité de dire ou faire quoi que ce soit, dans la mesure où les moyens de distribution - numérique - nous échappent. Et, les libraires ont peur d'être rapidement dépassés donc préfèrent les ignorer.
Bien que je sois également inquiet, je ne peux m'empêcher d'être impressionné par la rapidité d'accès et la facilité d'utilisation de ces ebooks. Mais, pour le moment, je ne sais pas encore comment les faire "fonctionner" intelligemment dans une librairie -physique- traditionnelle.
En observant les clients de ma librairie, je pense qu'il existe a priori deux groupes de lecteurs biens distincts, et chacun d'eux aborde cette technologie de manière différente.
Le premier groupe - dont je fais partie, comme la majorité des libraires - a grandi en vénérant le papier. Dans cette catégorie, les gens y sont peu nombreux à tenir un blog, regardent le Web comme un outil de communication à sens unique et n'achètent pas d'ebooks. S'ils sont calés en informatique, ces lecteurs se plongeront éventuellement dans cet "objet" étrange (ebook) mais un simple extrait devrait les satisfaire. Puis ils décideront d'arrêter l'expérience en achetant directement le livre en version papier.
Le second groupe est clairement celui de l'âge post-imprimé, c'est-à-dire celui pour lequel l'imprimé n'est plus l'unique accès au texte. Les lecteurs, dans cette catégorie, tiennent « massivement » des blogs, regardent le Net comme une conversation et achètent véritablement des ebooks. Parmi ceux-ci, certains achèteront un livre papier, pour le conserver et/ou l'archiver, le garder donc... Ce qui serait d'ailleurs une tendance intéressante pour les libraires si cela se passait ainsi. Mais peut-être que ces gens incarnent encore une génération intermédiaire. Dès lors, l'attrait du livre papier diminuerait au fur et à mesure de l'adoption de l'ebook.
Et c'est, pourtant, là que se situent à mon avis nos opportunités de libraires...
Opportunité A - Les ebooks sont des produits peu cher et servent de produits d'appel vers le livre papier.
Opportunité B - L'ebook est utilisé pour ramener les lecteurs vers les auteurs dans un contexte de prolifération exponentielle des contenus. (Marketing de l'« auteur », ce dernier risque d'être "vendu" par l'éditeur tout comme l'est actuellement un livre). L'ebook, sous toutes ses déclinaisons, devient un canal parmi d'autres pour multiplier les formes de ventes, il peut-être utilisé pour accroître les ventes des copies physiques...
Nos enjeux de libraires :
1- Conserver et développer les services aux clients attachés au papier, qui achètent plus de livres et sont clients de toutes les librairies.
2- De mon point de vue, l'attitude de la génération post imprimé (ses usages) sera déterminante pour l'avenir, à savoir si nous pourrons encore acheter (et vendre) des livres physiques. Mais ne les perdons pas dès maintenant au profit d'autres sources de divertissement. Nous devons leur inculquer la culture du livre sinon, ils se passeront complètement des librairies. Ce qui n'est pas simplement le problème de survie commerciale de nos réseaux, mais bien du risque encouru par la culture du livre elle-même : sans cette culture, la ligne de partage ou différenciation est bien celle de la différenciation par le prix, et personne ne sort gagnant de ce type de course vers le bas" .
Nous vous invitons à poursuivre la lecture de l'article ici , commentaires, passionnants. > Sur l'attente des clients des librairies indépendantes dans le réseau US > Sur les discussions avec Sony, pour les ereaders ... > Sur les marges commerciales - faibles - représentant une barrière à l'entrée des indépendants sur ce marché, quand Amazon impose un prix de vente, discounté. Nous remercions Rich chaleureusement de nous avoir autorisés à traduire son post.