Anthropologie sonore

Anthropologie sonore

Publié le 02/07/2008 par La Rédaction
Mots-clés : Portrait | Lieu | Histoire | Collectif | numérique |
 

LE DÉPARTEMENT D'ANTHROPOLOGIE SONORE


Sous l'égide des sciences humaines (histoire, sociologie et anthropologie), le programme sonore de mélico travaille les questions de l'oralité et de la transmission.

Il vise deux objectifs :
Ces entretiens sont l'objet d'un montage, d'une transcription et d'une mise en ligne (podcasts). Une analyse transversale est proposée permettant d'émettre d'autres hypothèses nourrissant la partie contemporaine du programme.

La mise en ligne régulière du programme dévoile le cheminement, les évolutions, les tâtonnements d'un travail en perpétuelle évolution.

Les entretiens (production, montage et mises en onde) sont menés conjointement par Pierre Cohen-Hadria (Association française de sociologie - Cabinet Études & Qu@lité - Paris ) et Hélène Clemente (Chargée de mission au SLF).


Programmation 2009 [ En cours ]




  La mémoire de la librairie contemporaine passe par deux lignes qui sont constituées par les libraires eux-mêmes et leurs lieux de travail, les personnes qui « tiennent » ces commerces et qui les font vivre, qui réassortissent les stocks et ouvrent les paquets, les transportent, les mettent en rayon, les intitulent, les annotent, qui en argumentent la vente, qui accueillent leurs semblables, ou ne leur disent rien parce que ces derniers ne veulent rien entendre ou savoir, enfin qui font vivre ces lieux,souvent urbains, peuplés de tables et d'étagères, de rayons et de livres destinés à la jeunesse, aux fans de polars ou de science fiction, aux mordus de psychanalyse ou de sophrologie, de philosophie ou de géographie, d'art et de culture, enfin certainement... Ce couple formé par le lieu (la librairie) et son servant (le ou la libraire) ne serait rien sans ceux qui viennent leur rendre visite (les clients). Mais il ne serait rien non plus sans ce qui se trame autour de lui (on a coutume de nommer cette trame « la chaîne du livre »)

Cette architecture est posée : ce qui s'y joue et quoi s'y est joué, voilà ce que nous tentons d'interroger. Nous voulons, lors de nos rencontres avec ces libraires, mais aussi avec les lieux qu'ils ont investis,faire surgir ce que, par commodité de langage, nous pourrions appeler (et ils en sont assez fréquemment d'accord) une âme. Certes le mot est galvaudé, et le « spirituel » tente toujours de se frayer un chemin vers le vulgaire, ou la tautologie ou encore le ridicule. Mais cependant, il reste quelque chose : le lieu, l'avenue Bosquet (Paris 7°) ou la rue Noël-Ballay (Chartres), la rue Notre Dame de Recouvrance (Orléans) : ce ne sont que des adresses, mais ce sont des lieux où vécurent et vivent toujours la librairie et les libraires qui la font vivre. Il y a des noms : « Les Temps Modernes », « Quai des Brumes », « La librairie des Frères Floury »... Des lieux, donc, mais aussi des noms.

Ainsi, la librairie s'anime : elle reçoit par exemple des auteurs, des lecteurs, des personnes qui vivent dans la région, ils y décernent parfois des prix, ils  y achètent des nouveautés, des classiques, des incunables, d'autres choses encore.

Ces rencontres ont commencé par des personnes qui, elles, se sont lancées dans le métier juste après la deuxième guerre. Elles ont, pour la plupart, terminé leur vie professionnelle, mais pour la plupart aussi, s'y sont fortement investies durant plus de quarante ans, ce qui constitue de nos jours quelque chose d'assez différent de ce qui projettent, par exemple aujourd'hui, les jeunes adultes d'une trentaine d'années - on ne parle plus guère, de nos jours, de « carrière », mais cependant, les vies professionnelles de ceux que nous allons voir ont cette forme, et peut-être sont-elles les dernières.

Nous arrivons, nous nous présentons, nous posons notre matériel et nos questions : et eux parlent, nous renseignent, nous expliquent, nous indiquent les tracas (administratifs, fiscaux, transports, remises offices retours...), les volontés et les désirs, les nécessités et les gageures qu'ils eurent à affronter, et ils le font avec humour, humilité ou verve, parfois émotion et troubles... L'irruption de la mémoire, du passé, des disparus, et tout cela ici, dans ce lieu-là (qu'ils nous décrivent parfois car ils peuvent n'être plus, ces lieux), avec ces mains, ces yeux et cette voix-là.

Ces gens, nous les photographions, nous les enregistrons,nous les aidons parfois à verser à l'Imec leur fonds d'archives afin de garder, pour tous ceux qui suivront, une trace et une vérité, et pour les chercheurs des bases solides et des traits d'union entre leurs objets et ceux qu'ils trouveront alors. La mémoire de la librairie contemporaine et son site, c'est une place faite au passé récent d'une profession et de lieux qui vivent et transportent toute l'histoire du monde.